Croatie 2ème partie

Mes impressions pendant et après mon départ de Zagreb étaient que oui, c'était bien, mais ça ressemble beaucoup à la plupart des pays de l'Europe de l'Est, donc rien de nouveau pour moi. Même à Rijeka pour la nuit, une ville côtière du sud, je pensais toujours la même chose.

Comme je roulais à grande vitesse, 80 km/h (ou 60 si c'était en montée, la Croatie est très, très montagneuse) j'arrivais au sommet des montagnes et après ce qui me semblait être une quantité infinie de tunnels, j'arrivais soudain dans le le brouillard le plus épais que je n'ai jamais vu. Ma visibilité? 3m, parfois 5. Vitesse moyenne? 20 km/h. Le brouillard continua pendant une éternité jusqu'à ce que, finalement, dans un autre tunnel, le brouillard le remplisse partiellement, mais de l'autre côté, rien. Clair comme de l'eau de roche.

Le problème avec le brouillard, c'est qu'il vous fatigue, car vous devez être encore plus prudent que d'habitude en raison de la mauvaise visibilité et de l'effort que vous devez faire pour ne rien écraser, ni personne. Heureusement, une station essence étant en vue, je me suis arrêté pour la nuit.

Je n'arrivais pas bien dormir cette nuit-là et à 5 heures du matin, j'étais de nouveau sur la route, traversant un paysage qui m'avait convaincu que la Croatie était comme le reste de l'Europe de l'est/ centrale. Je n'avais jamais autant eu tort. Encore une fois je rentrais dans un tunnel, et ce tunnel a tout changé. D'un côté de la montagne, cela ressemblait à l'Europe de l'Est, de l'autre cela n'avait plus rien à voir .

Cela va être difficile de vous décrire, alors heureusement j'ai pris beaucoup de photos, mais j'ai été surpris. C'était magnifique, toutes les couleurs étaient riches et profondes, le paysage avait maintenant l'air complètement différent, j'étais maintenant dans des plaines balayées par le vent, couvertes d'oliviers, de lavande et de roche nue. C'était presque lunaire, mais avec des plantes. La comparaison la plus proche que j'ai est que cela ressemble au sud de la France, cela m'a rappelé la maison. Je mentirais si je disais que je n'ai pas eu la larme à l'oeil.
 

La nuit a fini par tomber, et j'ai dormi sur le parking (encore un autre) d'une station essence, mais avec une vue toujours non égalée.

Si vous pensez que c'était fini, comme je l'ai fait, ce n'était pas le cas, car je suis passé de magnifiques plaines balayées par le vent à un paysage encore plus magnifique, la côte de la Croatie. Tout ce que vous pouvez imaginer d'une côte méditerranéenne, de belles routes sinueuses le long d'un flanc de montagne qui descend vers la mer, le soleil, les oliviers, le beau temps et l'odeur de la mer, oh mon dieu!

C'est au milieu de cette félicité que j'ai rencontré Luka, un hippie comme il se décrit lui-même. Il se tenait à un arrêt de bus et c'est seulement au dernier moment que je me suis rendu compte qu'il voulait faire de l'auto-stop (avec un paysage comme ça, vous oubliez un peu votre environnement). Après avoir réfléchi (pendant environ 5s) à savoir si je devais faire demi-tour et le prendre ou pas, j'ai rebroussé chemin et je suis allé le chercher. Il était assez surpris de me voir revenir, il m'avait clairement vu passer (le mini-van est tout à fait discret) mais heureux de partir avec moi. Il avait 23 ans et vivait dans l'instant. Il avait été berger pendant l'hiver et était en route pour voir un de ses amis à quelques kilomètres de la côte. "Intéressant" est le moins que je puisse dire à son sujet, il a essayé toutes les drogues auxquelles vous pouvez penser, mais il était maintenant de retour "sur le bon chemin", et bien qu'il n'ait pas eu une vie facile il était l'une des personnes les plus satisfaites que j'ai jamais rencontrées. Son anglais n'était pas terrible, et mon croate étant inexistant nos conversations ont été faites de beaucoup de gestes et de mots prononcés fort dans nos langues respectives, mais nous nous sommes compris. Finalement, je l'ai déposé et j'ai continué.

Et puis, quand j'ai pensé que je ne pouvais plus être surpris, la Croatie m'a rappelé que c'était encore possible. Je conduisais vers mon arrêt à Dubrovnik, il était environ 15 heures et je montais une route particulièrement escarpée (et longue). Mon moteur ne semblait pas heureux (très, très, très chaud, pas très content) alors j'ai décidé de m'arrêter sur le bord de la route, sur ces bandes en bord de la route où on peut s'arrêter ( pas la bande d'urgence). Je n'avais pas trop regardé le paysage jusque là mais maintenant j'avais la chance de le faire. Ce que j'ai vu, mes yeux ne pouvaient le croire.

Tout d'abord un peu de contexte, j'ai vécu toute ma vie dans les villes de sorte que ma vue n'allait généralement jamais plus loin que le bâtiment suivant, j'ai l'habitude d'avoir quelque chose qui obstrue ma vue. La distance moyenne que mes yeux ont l'habitude de voir est 300-400m max, il y a toujours un bâtiment, une voiture un arbre sur le chemin quelque part.

Pas ici. J'en ai encore la chair de poule, deux jours plus tard. Devant moi j'avais 100? Peut-être plus? Kilomètres, pas mètres, kilomètres de vue dégagée. J'étais en admiration. Je pouvais voir la plaine dans laquelle j'avais conduit moins d'une heure auparavant, je pouvais voir la chaîne de montagnes en face de moi, je pouvais voir le ciel ... Je pouvais tout voir. J'étais si émerveillé qu'une demi-heure s'écoula avant que je réalise que j'étais affamé, et ainsi, j'ai cuisiné mon premier repas de ce voyage devant le plus beau paysage que je n'ai jamais vu. Au menu: une barre de céréales et quelques pâtes (ça manquait de sel, mais bon).

Pour conclure ce long texte, je suis finalement arrivé à Dubrovnik, à l'auberge où j'allais passer la nuit. Après avoir déposé mes affaires et pris une douche, je suis allé chercher de la nourriture et j'ai visité la vieille ville à l'intérieur du fort. J'ai aimé, il y avait beaucoup de ruelles étroites dans toutes les directions et puis je suis tombé sur le port à l'intérieur. Je me suis assis et j'ai apprécié le moment.

Ce qui m'a le plus surpris à Dubrovnik, c'est la quantité de chats errants, je suppose que le fait que les containers et les sacs poubelles soient laissés dans la rue assure leur survie. Ils avaient tous l'air bien nourri et aucun ne semblait avoir de maladie. J'ai compris qu'ils n'étaient pas particulièrement appréciés par ici parce qu'ils m'évitaient dès que j'étais près d'eux et refusaient de m'approcher.

Ceci conclut mon incroyable séjour en Croatie. Si vous avez la chance de la visiter, faites-le, ça vaut le coup.

Nemo Faucher